Modéliser l’émergence et l’effondrement de normes sociales?

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Une norme marque un comportement commun. Conduire à droite, porter une cravate au travail ou ne pas fumer dans un avion sont autant de normes, relatives, qui se sont établies à divers moment et lieux. Fonctionellement, il est courant de dire que les normes sociales nous servent à agir ensemble de manière efficace. Cela est vrai dans une large mesure. Les bénéfices de tous conduire du même côté sont assez tragiquement évidents et cette norme ne génère à ma connaissance aucune espèce de discussion. Le port de la cravate lui, est matière à débat, et semble moins évidente car l’utilité de son usage semble inégalement appréciée.

L’individu irréfléchi

Le travail de Joshua Epstein (2006) permet de mieux en comprendre le mécanisme. Il a modélisé un monde artificiel où les individus cherchent à savoir comment se comporter en observant les individus autour d’eux. Ils ont un rayon d’observation. Dans ce rayon, ils suivent le comportement majoritaire. Si jamais ce comportement majoritaire est celui qu’ils suivaient déjà, ils réduisent alors progressivement leur champ d’observation. Dans un tel monde, se forme alors progressivement et spontanément des groupes partageant une même norme. Au coeur de ces groupes, on a des individus qui ne prennent même plus le temps de considérer le comportement des autres car leur rayon d’observation est minimal. A la frontière entre deux groupes par contre, on a des individus toujours très affairés à observer autour d’eux pour déterminer comment agir. A travers cet exemple, Epstein démontre que les normes sont particulièrement utiles en ce qu’elles font de nous des individus « irréfléchis » [Thoughtless] qui économisons beaucoup de temps et d’énergie à internaliser des normes de comportement.

« Quand j’ai pris mon café ce matin et que je suis monté à l’étage m’habiller, je n’ai jamais considéré une seule seconde d’être nudiste pour la journée »

Joshua Epstein

La norme de ségrégation

Un des modèles les plus impressionant d’émergence d’une norme sociale est le travail de modélisation de Thomas Schelling en 1971. Dans ce modèle, Schelling construit un monde rempli d’individus qui sont intolérant dans leur voisinage direct. Si un individu est entouré d’une majorité d’individus qui ne lui ressemble pas, il se déplace pour rejoindre un endroit qui satisfera sa règle de tolérance de voisinage. Ce que Schelling a montré c’est qu’une norme de comportement individuel lié à une préférence locale pouvait provoquer des phénomènes de ségrégation à plus large échelle.

SchellingFinalOn peut voir nettement se former des zones (notées par Schelling sur le schéma de droite) d’homogénéité. On peut observer ici ce que Conte et al. (2014) appellent une émergence de second ordre dans le sens où la norme de ségrégation est dérivée d’une norme locale différente. Formulé différement, cela veut dire que la ségragation spatiale se forme aux dépends d’individus qui n’ont pas de norme allant dans ce sens.

Le résultat est absolument limpide et permet notamment de mettre en lumière une partie des mécanismes sous-jacents aux  processus de gentrification, de ghettoïsation et de Gerrymandering.

L’émergence des tas d’ordures : une affaire de saillance

 

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Le travail experimental mené par Robert Cialdini et ses collègues (1990) permet d’illustrer un concept important dans le domaine des normes sociales, celui de la saillance. La saillance se caractérise ici comme le caractère de visibilité d’une chose et a donc un rapport direct avec les perceptions. Cialdini et al. considèrent deux types de saillance, celle des normes descriptives et enjointes. La norme descriptive est la norme liée à ce que la majorité fait. La norme enjointe est la norme qui est majoritairement considérée comme bonne. La norme enjointe de l’arret au passage piéton au signal rouge est extrêmement saillante, cela n’empêchera pas certains individus de traverser si ils voient d’autres individus ignorer totalement cette norme et traverser au rouge (norme descriptive). Cialdini et al. ont étudié ce phénomène sur les personnes qui jettent des déchets. Ils ont donc observé le comportement d’individus soumis à ces deux types de saillance :

  1. Une norme descriptive avec une allée nettoyée de tout ses déchets ou bien au contraire pleine de déchets
  2. Une norme enjointe avec un passant qui jette ou non un déchet.

Ils ont alors observé l’effet notable de ces deux types de saillance sur le comportement des individus testés. Ils ont observés que plus l’allée est couverte de déchets, plus les individus jettent eux-mêmes des déchets. De même, l’observation d’une personne jetant un déchet augmente la probabilité qu’un individu jette un déchet. Les chercheurs sont allés jusqu’à mesurer l’effet par nombre de déchets visibles.

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Ceci permet de voir un effet intéressant: lorsqu’il y a juste un seul déchet jeté visible, alors la proportion de gens qui jetent un déchet est plus faible que si il n’y en a aucun. On observe aussi qu’il y a, quelque soit le nombre de déchets présent, au moins 10% d’individus qui jetteront un déchet de toute façon. Les résultats pour 8 et 16 déchets visibles suggèrent aussi un seuil maximal de 40% d’individus qui sont susceptibles de jeter un papier en fonction du contexte. On a ici bien visible un mécanisme d’entrainement qui va faire émerger un comportement car plus il y a de détritus visibles plus les individus vont s’autoriser à en jeter d’autres. Ce qui explique assez simplement comment les décharges sauvages peuvent émerger rapidement et être mêmes considérées comme normales du point de vue descriptif (puisque beaucoup agissent ainsi).

Le phénomène de saillance est absolument majeur et donne lieu à de nombreuses expériences, notamment en psychologie sociale. C’est ainsi qu’il est possible d’imposer rapidement une norme de comportement lorsque une majorité a un comportement similaire, quand bien même cela s’oppose assez évidemment à une norme enjointe. C’est par exemple le cas étudié dans la manipulation d’individus dans des ascenceurs :

Cela a aussi récemment été testé dans une salle d’attente où une norme absurde réussie à s’imposer aisément et à persévérer dans un groupe.

Ces dernières expériences montre aussi un phénomène très important dans l’émergence qui sont les émotions qui sont en jeu. Que ce ce soit dans l’expérience de l’ascenceur ou de la salle d’attente, une composante émotionnelle forte y réside. La première personne testée dans la salle d’attente est d’ailleurs à ce titre tout à fait explicite, une fois qu’elle a décidé de se plier à la norme sociale elle s’est sentie beaucoup mieux car l’anxiété de l’exclusion au groupe a alors disparue. Cette composante émotionnelle est très puissante. Elle m’intéresse d’autant plus qu’une majorité d’individus ayant effectué leur transition vers le véganisme raconte souvent que c’est une situation émotionellement forte et négative (« de colère, de culpabilité ou de tristesse ») qui est à la source de leur changement afin de réduire cette émotion négative (McDonald 2000). Cela illustre assez bien l’effet important que peut avoir des vidéos montrant explicitement la violence des abbatoirs comme le fait l’assocaition L214 sur internet.

Les aspects émotionnels peuvent jouer un rôle essentiel dans l’émergence et le déclin des normes. Certains auteurs ont déjà cherché à modéliser cet aspect (Staller & Petta 2001) mais cela reste apparement encore trop marginalement étudié (Conte et al. 2014). Cette dernière vidéo m’intéresse d’autant plus qu’un autre processus de diffusion de la norme semble jouer, celui d’un message porté par une personne influente (ici une chanteuse célèbre). A suivre.

Biblio:

  • Cialdini, R. B., Reno, R. R., & Kallgren, C. A. (1990). A focus theory of normative conduct: Recycling the concept of norms to reduce littering in public places. Journal of Personality and Social Psychology, 58(6), 1015.
  • Conte, R., Andrighetto, G., & Campennì, M. (Eds.). (2014). Minding norms: mechanisms and dynamics of social order in agent societies. Oxford ; New York: Oxford University Press.
  • Epstein, J. M. (2006). Generative social science: studies in agent-based computational modeling. Princeton: Princeton University Press.
  • McDonald, B. (2000). “ Once You Know Something, You Can’t Not Know It” An Empirical Look at Becoming Vegan. Society & Animals, 8(1), 1–23.
  • Schelling, T. C. (1971). Dynamic models of segregation. Journal of Mathematical Sociology, 1(2), 143–186.
  • Staller, A., & Petta, P. (31-Jan-01). Introducing Emotions into the Computational Study of Social Norms: A First Evaluation.
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Les normes sociales – Pierre Demeulenaere

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3661171408_a0b3954a3f_bAvec les années je me suis surpris à observer l’émergence d’un certain nombre de normes sociales. Je cite souvent plusieurs exemples qui m’ont été proches à ce sujet : le commerce équitable, le réchauffement climatique anthropique, le tri des déchets et le revenu de base. A divers moments de ma vie j’ai été amené à défendre ces idées à une époque où elles étaient loin d’être évidentes. A mon grand étonnement, j’ai noté l’extreme rapidité avec laquelle ces idées pouvaient se normaliser. Pendant mes années lycéennes, il y a donc de cela plus de 15 ans, l’existence du réchauffement climatique anthropique était encore largement débattu, le compostage domestique souvent une idée loufoque de hippie, le commerce équitable quasi inconnu et le revenu de base une idée délirante déconnectée de la réalité du travail. A ce titre, il me vient cette phrase de Schopenhauer :

Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence

Mon expérience corespond assez bien avec cette phrase à l’exception près notable qu’en tant que relativiste la « vérité » ne se comprend pas comme vérité absolue, mais comme un fait social tenu pour vrai à un moment donné. Avec les années donc, j’ai vu ma société se normaliser sur ces questions, se déplacer vers l’évidence de ces concepts, vers un état où, très souvent, ils n’avaient pas besoin d’être expliqués pour être discuté, voir même qils sont devenus des évidences dont la négation rapproche de la déviance.

La question majeure reste celle des mécanismes qui permettent ces changements rapides? Par quelles opérations sociales distribuées ces normes s’établissent-elles? Est-il possible de détecter les différentes étapes de ce processus de normalisation?

Les normes sociales entre accords et désaccords de Pierre Demeulenaere

Première lecture théorique autour de ce questionnement qui n’est pas une mince affaire. Le travail théorique s’articule autour de trois auteurs principaux : Weber, Durkheim et Pareto.

La lecture m’a parfois été rendue pénible par le focus central de l’auteur sur la notion de rationalité en lien avec l’égalité. Pour l’auteur, le développement des sociétés modernes se fait progressivement sur le fil de la rationalité et aboutirait bon an mal an à l’établissement d’une société aux normes centrées sur l’égalité, par opposition à un système (traditionnel) centré sur la hiérarchie. Il y a derrière cette vision un progressissme à la Hegel auquel je ne souscris pas. Pendant la lecture j’ai souvent pensé au livre de Todd, L’invention de l’Europe, qui fait état d’une diversité des systèmes normatifs familiaux, religieux et éducatifs vis à vis de l’opposition égalité/hiérarchie qui ne renvoit pas du tout à une vision linéaire d’un progrès moderne quasi inéluctable vers l’égalité. Il suffit pour s’en convaincre de constater avec Piketty dans Le Capital au XXI siècle la croissance régulière des inégalités économiques qui fondent en partie les normes sociales actuelles (pour exemple anecdotique: les inégalités économiques actuelles « légitiment » en partie le fait qu’un footballer puisse gagner des millions d’euros).

Cette lecture permet toutefois de poser certains éléments centraux des normes. A savoir, notamment qu’une norme suppose un processus de justification. Ce processus de justification peut être légal et délibéré (une loi par exemple) mais peut également être émergent, distribué (le côté de la route où l’on conduit) et, en quelque sorte, involontaire. Un fait important est que chaque agent dispose de « procédures de justification » d’une norme portée, avec la précaution importante que légitimer n’a pas de rapport avec la validité ou la cohérence des arguments mobilisés pour cette légitimation. Je roule à droite sans avoir jamais véritablement réfléchi aux raisons sous-jacentes, mais je suis capable de défendre l’idée qu’un accord collectif sur un côté limite probablement le nombre d’accidents et que la convention héritée semble fonctionner (Orléan 1997). Pour légitimer une norme chaque individu dispose d’un « stock d’informations et de connaissances particulières » ainsi que de « capacités cognitives d’analyse, de mise en cohérence, de déduction, de justification, etc ». Pour Weber, trois phénomènes vont légitimer des normes : « La tradition, le charisme et la rationalité par rapport à une valeur ». Vis à vis de ce processus de légitimation, l’idée de Nature m’a particulièrement intéressée parce qu’elle fait alors supposément référence à un fait indiscutable et directement légitime. Dans les enjeux autour du véganisme, les enjeux de naturalité du régime alimentaire sont tout à fait déterminants car si ce régime pouvait apparaitre comme « naturel », cela le légitimerait immédiatement. Sur la mise en débat du « naturel » les analyses de Latour dans Politiques de la nature sont très intéressantes et pourraient être mis en regard.

Le deuxième point important qui ressort de cet ouvrage est la nature double des normes, à la fois sociales et individuelles. En effet, une norme peut-être à la fois issue de la société et ainsi dépasser les individus et, en même temps, être le résultat des actions des individus. J’ai par exemple hérité des membres de ma société la langue française (ma famille et l’école) et je suis aujourd’hui par mon utilisation un co-producteur de la langue française par mes choix de mots, d’expression, etc. Cette ambivalence des normes permet aussi d’illustrer le double processus d’internalisation et d’externalisation qui caractérise l’aspect interactionnel de la norme. L’internalisation est le processus d’acquisition d’une norme dans l’esprit d’un individu (le français est ma langue mentale par ex.). L’externalisation est le fait de projeter vers d’autres acteurs une norme (si dans une réunion de travail je parle en français). Vis à vis des normes, chaque individu est donc à la fois receveur et prescripteur. Nous sommes bien sur souvent tout à fait inégalement dans ces deux rôles et, ne nous mentons pas, un académicien a un pouvoir prescripteur sur le français bien plus grand que moi.

La distinction entre faits et valeurs me semble aussi importante à garder à l’esprit. Je peux constater que je roule à droite (fait) et penser que c’est une meilleure option que la gauche (valeur). A ce titre, l’ouvrage fait état de trois approches majeures en sociologie pour expliquer l’origine des valeurs et des normes :

  1. Weber : Les normes et valeurs sont choisis rationnellement parce qu’elles ont un sens pour les individus. Les raisons évoquées peuvent être d’ordre économique (l’intéret et le calcul de l’acteur), d’ordre culturel (héritage) opposant ainsi homo oeconomicus à homo sociologicus.
  2. Durkheim : Les normes et les valeurs assurent la cohésion sociale. Dans ce sens, les normes et valeurs facilitent la coopération.
  3. Pareto : Les valeurs et les normes sont associées à des émotions ressentis devant des états de faits.

L’opposition des cadres de Weber et de Pareto n’est selon moi qu’apparent. Mon intuition est que les processus de normalisation et d’évaluation se font à des degrés divers pour chaque individu à la fois par des ressorts rationnels et émotionnels. A ce sujet, la psychologie Jungienne est très éclairante puisqu’elle démontre comment existe des rapports au monde différenciés entre individus, certains privilégiant plutôt un versant que l’autre.

Un autre élémént important est que les normes ont toujours un rapport avec la prescription et un système de sanctions. Il faut entendre ces deux éléments dans un sens très large. Le système de prescription/sanction peut aller d’une institution organisée formellement, par exemple un état qui prescrit telle règle sous peine de prison (dans le sens de norme stricte selon Kelsen), à des systèmes subtiles reliant des normes informelles avec des sanctions « douces ». A ce titre, j’ai pensé au mécanisme du rire qui sert de « rappel » à la norme sociale comme l’a très bien décris Bergson dans Le rire. Phénomène d’autant plus intéressant qu’il me rappelle le témoignage récent de J. sur les moqueries de ses amis végans lorsqu’elle a arrêté pour problème de santé.

Dernier point, et non des moindres, est de constater que les normes ont pour objectif général la coordination des individus. Le succès des normes tient donc au fait qu’elles peuvent permettre d’obtenir de meilleurs résultats pour les individus qui les suivent. L’auteur prend à juste titre l’exemple du dilemme du prisonnier où l’équilibre de Pareto (optimal général) peut être atteint plutôt que l’équilibre de Nash (équilibre optimisé du point de vue individuel). Ainsi, les normes peuvent devenir des éléments clefs de l’identité des individus parce qu’elles caractérisent des groupes d’appartenance partageant des normes qui en théorie favorisent les intérets de ses membres par effet de solidarité. Les rapports entre groupes sont analysés notamment du fait que certains disposent de plus de ressources et peuvent ainsi dominer ceux qui sont moins équipés normativement. Il cite le travail de Norbert Elias, The established and the outsides, montrant la domination des installés contre les nouveaux arrivants qui ont une moindre maitrise des normes d’un quartier. On pourrait se rapporter utilement sur ces questions de groupe et de pouvoir dominant à Veblen (1899) et à Bourdieu (1979).

Biblio:

  • Bergson, H. (1901). Le rire: essai sur la signification du comique. F. Alcan.
  • Bourdieu, P. (1979). La Distinction: Critique sociale du jugement. Minuit.
  • Demeulenaere, P. (2003). Les normes sociales: Entre accords et désaccords (1st ed.). Presses Universitaires de France.
  • Elias, N., & Scotson, J. L. (1995). The Established and the Outsiders (2nd edition). London: SAGE Publications Ltd.
  • Jung, C., & Beebe, J. (1921). Psychological Types. Routledge.
  • Latour, B. (2004). Politiques de la nature. Paris: La Découverte.
  • Orléan, A. (1997). Jeux évolutionnistes et normes sociales. Économie Appliquée, 177–198.
  • Piketty, T. (2013). Le Capital au XXIe siècle. Paris: Le Seuil.
  • Todd, E. (1996). L’invention de l’Europe. Paris: Seuil.
  • Veblen, T. (1899). The theory of the leisure class. Oxford ; New York: Oxford University Press Inc.

Quelques cadres d’analyse des normes sociales

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0-SineCoverBWUn article du jour publié dans Le Monde sur « pourquoi nous consommons de moins en moins de viande?« . Des statistiques utiles et, ce qui m’a fait tiqué, ce commentaire du chercheur de l’INRA-Aliss Pierre Sans : « Je reste optimiste sur le niveau de la consommation de viande en France ».

Ce commentaire m’a intéressé car il sous-entend que pour ce chercheur la « bonne » situation est celle où les gens consomment de la viande et qu’il reste donc persuadé que la « mauvaise » tendance à la réduction de consommation de viande restera limitée. Ce que ce discours peut permettre éventuellement d’illustrer c’est la notion de norme sociale et donc, comme corolaire éventuel, celui de discours dominant.

De nombreuses incertitudes subsistent au sujet de ces normes sociales. Comment s’établissent-elles? Qui les crée en comment évoluent-elles?

Les approches marxistes

Une première approche théorique, dans la lignée Marxiste et Bourdieusienne, consiste à indiquer qu’il existe une idéologie dominante qui maintient un ordre de classe. Dans ce cadre c’est la classe ouvrière qui est dominée par la classe détentrice des moyens de productions. Cette dernière légitime l’organisation sociale en normalisant le salariat, l’exploitation, etc. Dans ce cadre théorique, c’est donc les détenteurs des moyens de productions qui façonnent l’opinion des dominés. C’est dans ce sens que Chomsky analyse les médias comme des caisses de raisonnance de la pensée dominante puisqu’ils sont le plus souvent la propriété de grands industriels et que journalistes et politiques concourent à l’expression des d’intérets de classe similaires (Herman & Chomsky 1988).

Dans une approche plus moderne de la théorie marxiste de la norme, on peut citer le livre de Frédéric Lordon, Capitalisme, désir et servitude, qui propose de relier Spinoza et Marx. Dans ce cadre là, Lordon théorise le fait que les détenteurs des moyens de productions peuvent, par le salaire notamment, contraindre d’autres individus à aligner (autrefois on aurait dis aliénier) l’orientation de leurs désirs (d) sur le leur (appelé « désir-maître » ou D’).

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L’angle « alpha » caractérise l’écart qui existe entre le désir propre à un individu et le désir externe à lui qui cherche à l’enrôler. L’apport de Lordon est d’individualiser la relation aux normes sociales puisqu’il décrit un monde d’individus tiraillés entre leurs propres désirs et les désirs exterieurs qui cherchent à ramener cet individu vers eux. L’idée ici est que le salarié préfererait probablement rester au lit dormir mais que le désir-maître de l’employeur le fait tout de même se lever à 7:00 du matin. Du point de vue de Lordon, cet angle alpha symbolise une forme de violence sociale exercée par ceux qui dispoent des moyens de contraindre des désirs individuels.

L’approche par la psychologie sociale

Une autre façon de voir la question des normes sociales est de considérer les représentations mentales des individus. Je pense notamment à l’approche de Serge Moscovici dans le foulée du travail de Durkheim (Moscovici 1976). Dans la théorie des représentations sociales, nos représentations sur un objet comportent deux ensembles : un noyau central qui corespond à ce qui est partagé dans une société et une zone périphérique qui est propre aux représentations d’un individu. Par rapport à l’objet « camion de pompier » par exemple, le noyau central comporte la couleur rouge, une échelle et un girophare. La zone périphérique peut contenir des éléments non partagés comme le prénom d’un cousin qui est pompier à Charleville-Mézières. Les normes sociales sont des constructions mentales obtenues par apprentissage social. L’analyse des normes sociales présentes dans le noyau central de la représentation sociale est neutre. Contrairement aux approches précédentes, la théorie de la représentation sociale ne prend pas position à priori sur les rapports de domination. L’approche permet notamment de déterminer ce qui fait partie ou non de la représentation sociale en identifiant les éléments centraux (Abric 1994).

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Cette théorie de la représentation sociale me semble s’articuler avec la théorie des boucles d’apprentissages d’Argyris dans le sens où seul les apprentissages susceptibles de faire évoluer le noyau central (double loop learning) d’une représentation sont susceptibles de générer un changement de comportement. Les évolutions de la zone périphérique (songle loop learning), superficielles, ne provoqueront que des changeents des façades, voir pas de changement du tout (Argyris 1996).

Les approches évolutionnistes

Une autre façon d’envisager l’étude des normes sociales se fait par des approches évolutionnistes. Orléan (1997) par exemple montre l’émergence de la norme de conduite à droite ou à gauche par la mise en compétition de deux normes équivalente en nature. On comprend en effet qu’un individu qui roulerait à gauche dans un monde dominé par des conducteurs à droite a moins de chance de survivre. C’est parce qu’une norme acquise par une société améliore la fitness (i.e. la capacité à survivre et à transmettre ses gènes) des individus qui la composent qu’elle s’établit dans une population.

Dans un état d’esprit similaire, Richard Dawkins dans Le gène égoïste (1976), parle de l’évolution culturelle par mèmes, ceux-ci étant des unités culturelles mentales. Comme les gènes, les mèmes cherchent à se reproduire en captant notre attention et s’intégrant dans notre espace cognitif. Les normes sociales seraient donc à ce titre des mèmes établissant un comportement largement diffusé dans une population. Les partisans de cette vision buttent toutefois sur la possibilité de pouvoir identifier et circonscrire ce qu’est un mème dans un cerveau.

N’hésitez pas à me faire connaitre d’autres cadres d’analyse pour comprendre l’émergence des normes sociales.

Biblio :

  • Abric, J.-C. (1994). Pratiques sociales et représentations (Édition : 3e). Paris: Presses Universitaires de France – PUF.
  • Argyris, C., & Schon, D. A. (1996). Organizational Learning II: Theory, Method, and Practice. Reading, Mass: FT Press.
  • Dawkins, R. (1976). The Selfish Gene. OUP Oxford.
  • Herman, E. S., & Chomsky, N. (1988). Manufacturing Consent: The Political Economy of the Mass Media. Random House.
  • Lordon, F. (2010). Capitalisme, désir et servitude. Paris: La Fabrique éditions.
  • Moscovici, S. (1976). La Psychanalyse, son image et son public. Paris: Presses Universitaires de France – PUF.
  • Orléan, A. (1997). Jeux évolutionnistes et normes sociales. Économie Appliquée, 177–198.

 

La pollinisation humaine en Chine – Une fable écologique un peu trop parfaite?

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human_pollinationDans certaines régions de Chine, les abeilles tuées par les pesticides auraient rendu nécessaire la réalisation manuelle de la pollinisation des arbres fruitiers. Une histoire illustrant notre dépendance aux services écosystémiques. Est-ce aussi simple?

Régulièrement, dans divers médias (par exemple ou plus récemment ), je vois resortir l’histoire des arboriculteurs Chinois dans le Sichuan qui doivent polliniser leurs pommiers et leurs poiriers à la main. La faute principale en reviendrait à l’utilisation excessive de pesticides qui auraient détruit la capacité de l’écosystème à polliniser ces arbres par les pollinisateurs. On peut lire dans cet article de presse de 2012 par exemple :

The most dramatic example comes from the apple and pear orchards of south west China, where wild bees have been eradicated by excessive pesticide use and a lack of natural habitat

L’histoire est impressionante et a fait l’objet également d’un reportage par le national geographic en 2007, le silence des abeilles :

Silence of the bees – Doug Shultz – 2007

Je me suis mis en quête d’études plus approfondies sur cette « disparition » des abeilles dans cette région et à ma grande surprise je n’ai pas trouvé grand chose. En fait, c’est normal, car de « disparition » des abeilles il n’y a probablement pas véritablement. Les raisons de cette pollinisation manuelle tiennent :

  1. Aux variétés fruitières plantées qui nécessitent une pollinisation croisée par arbres « pollinisateurs » qui produisent du pollen quand les fleurs des arbres fruitiers à polliniser ont leurs stigmates murs (Swan (2014) parle de 20% de ces arbres pollinisateurs nécessaires pour assurer une bonne pollinisation). Du fait de la taille limitée des exploitations ces arbres « pollinisateurs » sont en quantité insuffisante pour réaliser une pollinisation optimale.
  2. Au cout de la main d’oeuvre qui est faible et encore plus de la main d’oeuvre familiale souvent abondante pour des surfaces de fermes faibles (un maximum 0,66 hectares par famille questionnée en 2001 par Partap et al.). On peut voir le soin apporté par fruit dans le documentaire cité plus haut, tant et si bien que parfois les fruits sont même emballés individuellement pour éviter les attaques d’insectes (insectes qui, rappelons-le, sont censés avoir disparus…). Ainsi, on peut supposer que le cout de la main d’oeuvre à polliniser est inferieur au cout de sacrifier des arbres productifs pour assurer une pollinisation suffisante en dédiant 20% des surfaces à des arbres « pollinisateurs ». Réduire sa surface productive est un cout énorme quand on sait que les agriculteurs tirent souvent les deux tiers de leurs revenus totaux d’une centaine d’abres (Partap et al. 2001).

Le point numéro 1 permet d’expliquer un paradoxe apparent qui est que les arboriculteurs polliniseraient à la main du fait d’un manque d’abeilles alors que des ruches sont disponibles à la location localement pour un cout huit fois inferieur à celui de la pollinisation humaine (Partap et al. 2001) et que même parfois les arboriculteurs possèdent eux-mêmes des ruches (Swan 2014)! C’est bien le manque de pollen permettant la pollinisation qui est le facteur limitant et pas tant, à priori, les pollinisateurs. En effet, à quoi bon louer des ruches si, de toute façon, les abeilles ne pourront pas trouver facilement le pollen qu’il faut pour polliniser?

Tout cela ne dit rien des pesticides. Il est clair également que les pesticides impactent négativement les abeilles par leur utilisation et fragilisent donc les ruches. Partap et al. 2001 mentionnent les principaux pesticides utilisés : Omechoale, Dichlorvos, Phoxim, Dicofol et Méthyl parathion. Par exemple, le dichlorvos est clairement toxique pour les abeilles (Clinch 1970). Le dicofol n’est pas toxique pour les abeilles mais son rôle de perturbateur cognitif de l’abeille a été identifié (Stone et al. 1997). De même, le méthyl parathion n’est pas connu pour être directement un tueur d’abeille mais son rôle de perturbateur réduisant la survie et la santé des ruches est toutefois bien connu (Barker et Waller 1978). Même si l’effet des pesticides sur les abeilles est bien sur problématique en soi, il semble qu’on se trompe de narratif dans cette histoire. La pollinisation manuelle n’est pas la conséquence de l’utillisation des pesticides mais le résultat de la monoculture de variétés fruitières sur de petites exploitations et d’un cout de la main d’oeuvre très peu chère. Quand bien même ces arboriculteurs n’utiliseraient pas de pesticides nocifs aux abeilles, la proportion d’arbres pollinisateurs resterait trop faible pour que la pollinisation soit sufisante (Partap et al. 2001 note des taux situés entre 5 et 16% alors que l’optimum est à 20%).

Cette histoire questionne une nouvelle fois le rapport des médias au catastrophisme écologique. Il est évident que la mise en garde d’Einstein peut nous inquiéter quand il a dit que « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre », le problème est qu’Einstein n’a jamais prononcé cette phrase…

Autre article : la catastrophe, les médias et la science – Jardinons la planète

Biblio

  • Barker, R. J., & Waller, G. D. (1978). Sublethal Effects of Parathion, Methyl Parathion, or Formulated Methoprene Fed to Colonies of Honey Bees 1 2. Environmental Entomology, 7(4), 569–571.
  • Clinch, P. G. (1970). Effect on honey bees of combs exposed to vapour from dichlorvos slow-release strips. New Zealand Journal of Agricultural Research, 13(2), 448–452. https://doi.org/10.1080/00288233.1970.10425519
  • Partap, U. M. A., Partap, T. E. J., & Yonghua, H. E. (2000). Poliniation failure in apple crop and farmers’ management strategies in Hengduan mountains, China. In VIII International Symposium on Pollination-Pollination: Integrator of Crops and Native Plant Systems 561 (pp. 225–230). Retrieved from http://www.actahort.org/books/561/561_32.htm
  • Stone, J. C., Abramson, C. I., & Price, J. M. (1997). Task-dependent effects of dicofol (Kelthane) on learning in the honey bee (Apis mellifera). Bulletin of Environmental Contamination and Toxicology, 58(2), 177–183.
  •  Swan, H. (2014). Searching for the Bees of Guangxi and Sichuan. Interdisciplinary Studies in Literature and Environment, 21(4), 895–905. https://doi.org/10.1093/isle/isu145

 

 

 

Cycle de conférence à l’ETH Zurich sur la psychiatrie informatique – Computational psychiatry

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Un programme absolument génial à explorer ici : http://www.video.ethz.ch/lectures/d-itet/2015/autumn/227-0971-00L.html

On y retrouve notamment les principales méthodes de modélisation (Bayésiennes, Markov et réseaux neuronaux). On a le plaisir de pouvoir écouter également Karl Friston que j’avais déjà croisé en essayant de connecter la logique Bayésienne, la notion d’énergie libre, et l’incertitude. J’avais notamment lu son article sur son principe d’énergie libre et sa théorie unifiée sur le cerveau qu’il faudra que je relise un jour attentivement tellement c’est dense!

 

Le Rwanda, la panarchy et Piketty

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J’écoutais la radio lorsque j’ai entendu un reportage à propos du Rwanda qui allait au devant d’une élection présidentielle où Kagame allait être très probablement réélu. Le reportage faisait un bilan contrasté du pays entre le vérouillage politique de Kagamé (en poste depuis 1994) limitant au maximum les possibilités d’oppositions (tant médiatiques que politiques) et l’essor économique très important qui a multiplié par 4 le PIB du pays et par 3 le PIB/habitant depuis les années 2000.

Rwanda_GDP

Le reportage faisait état de la stabilité du régime (malgré les limitations des libertés civiles) du fait de la prospérité économique et d’un ascenceur social fonctionnel. Tout semble porter à croire que la société Rwandaise était malade de sa structure sociale bloquée qui étouffait totalement les perspectives d’avenir des jeunes générations. Le génocide est alors probablement l’occasion d’un rééquilibrage où chaque agent peut localement « corriger » ce qu’il considère comme des injustices, et notamment toute personne jugée « parasitaire » par lui. D’où il me semble la nature hétéroclyte des massacres mais le plus souvent dirigés contre les avantagés (et ceux qui les protègent) et les plus faibles (bouc-émissaires du type éthnie Twa).

Si on transfert cet évènement dans le cadre d’analyse de la panarchy, le Rwanda était dans une phase (K), où les inégalités croissent entre les plus pauvres et les nantis :

Une étude22 sur la commune de Kanama, au Nord-Est du Rwanda, région très fertile, montre que la taille moyenne d’une exploitation agricole y est de 0,4 ha en 1988, et de 0,3 ha en 1993, surface divisée en une moyenne de 10 parcelles non contiguës. Sur chaque exploitation vit une moyenne de 4,9 personnes en 1988 et de 5,3 personnes en 1993. Les conditions sont tellement difficiles que les jeunes ne peuvent plus fonder de foyer: le nombre de jeunes femmes vivant chez leurs parents passe de 39 à 67 % de 1988 à 1993, tandis que le nombre de jeunes hommes vivant chez leurs parents passe de 71 à 100 %. Ces chiffres ne sont que des moyennes et cachent une autre dégradation. Si le pourcentage de très petites fermes augmente, le pourcentage de « grosses » fermes (plus d’un hectare !) augmente lui aussi. Ces grosses fermes appartiennent à ceux qui disposent de revenus extérieurs. Autrement dit la société se polarise, avec comme conséquence une augmentation importante de la criminalité, liée à la misère: le pourcentage de la population consommant moins de 1600 calories par jour passe de 9 % en 1982 à 40 % en 1990.

Wikipedia

Le génocide dans ce cas, joue le rôle de phase (Ω) suivi d’une phase de réorganisation politique et sociale (alpha) qui a permis la phase de croissance suivante. En postulant cette analogie on peut donc proposer de plaquer les différentes phases de la panarchy ainsi :

Rwanda_panarchy

Il serait intéressant de mettre en regard ce graphe vis à vis de la structure du capital comme définit par Piketty. La répartition des terres au Rwanda semblait très inégalitaire au moment du génocide (ce que suggère l’extrait de Wikipedia) ce qui donne une idée importante de la structure du capital dans un pays où l’agriculture compte pour 90% du PIB. Il n’est pas facile de trouver des graphes préçis de l’Allemagne sur le long du XX siècle, mais il semble que ce pays ait suivi un schéma analogue suite à la crise des années 30 (phase K) et la guerre et au génocide juif (Phase Ω) . Il est assez troublant de constater les parallèles entre le « monde trop plein » du Rwanda et la réthorique du « lebensraum » nazi. La détermination d’un seuil à partir duquel la phase Ω du type guerre/génocide est probablement très dure à déterminer. Cela a-t-il été déjà tenté? Cet article dans Ecology & Society (Biggs et al. 2015) en parle un peu sans trop rentrer dans les détails. (J’ai l’impression que le cadre de la résilience ait surtout été appliqué au Rwanda dans sa version psychologique et pas sous sa version socio-écologique.

Les esclaves publics dans l’Athènes démocratique – Paulin Ismard

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112362_couverture_Hres_0Lecture passionnante de l’ouvrage de Paulin Ismard, Maitre de conférence à la Sorbonne sur l’histoire Grecque : La Démocratie contre les experts – Les esclaves publics en Grèce ancienne. Paulin Ismard questionne en particulier notre époque sur le rôle du savoir et de l’expertise dans les régimes démocratiques puisqu’à Athènes, certains savoirs étaient exclus du domaine du politique en les confiant à des esclaves publics (Demosioi).

Médiapart a réalisé un bref interview qui résume bien l’ouvrage  :

Le livre fait bien évidemment écho à notre époque vis à vis du rôle de l’expert en régime de démocratie représentative, souvent critiqué. Ce que le livre présente c’est que les grecs démocratiques rendaient « l’expertise » a-politique en la confiant à des esclaves. L’inverse total de notre démocratie représentative où le vote sert justement à identifier au sein de la communauté citoyenne les plus aptes à représenter et à gouverner. Les possibilités de réappropriation par les citoyens du pouvoir sur des domaines aujourd’hui  détenus par des experts reste largement non discutées dans ce livre qui identifie toutefois clairement la tension liée au rôle des connaissances et des savoirs en démocratie.